Deux ans et demi après le lancement de la campagne « Stop aux clichés sur les jeunes », nous constatons qu’il est difficile d’engager un vrai échange avec les journalistes sur ce thème.
Le point de vue de Jean-Marie Charon, sociologue des médias, auteur du pertinent « Les journalistes et leur public : le grand malentendu ». Il est également président fondateur des Entretiens de l’information.
Pourquoi est-il si difficile de faire prendre conscience aux journalistes des effets que produit le traitement de certains sujets ?
C’est vrai que l’on constate une difficulté à se remettre en cause de la part des journalistes. Quand j’ai fondé Médias Pouvoirs, il y a 20 ans, j’avais déjà pris conscience qu’ils étaient réticents à rentrer dans un travail d’analyse de leur pratique. Il y a 10 ans quand Catherine Trautmann m’a chargé de travailler sur la question de la déontologie, j’ai retrouvé cette tension.
Derrière ce débat se cache la vieille obsession de la liberté de la presse, de la crainte d’une restriction de leur marge de manœuvre. Dans ce sens, la Charte des devoirs professionnels des journalistes français spécifie bien que les journalistes ne peuvent être jugés que par leurs pairs.
Le constat que j’avais fait au début de mes recherches avec des personnes issues de l’immigration et le décalage entre la manière dont les journalistes organisent leur travail et la manière dont elles percevaient leur travail s’est retrouvée, voire accentuée en 2005 et l’an dernier à Villiers-le-Bel.
Aujourd’hui, le décalage s’est transformé en rejet. La nature même des critiques a changé. Le public est plus mature en matière de fonctionnement des médias, en particulier des jeunes. Il y a plus de production de chercheurs et aussi des associations qui travaillent sur le sujet.
J’ai aussi noté que les journalistes sont aussi plus ouverts à la discussion, mais, en même temps plus on monte dans leur hiérarchie, plus l’ouverture a tendance à se refermer.
Comment ouvrir le débat ?
Vis-à-vis des jeunes, vous êtes confrontés à plusieurs éléments, réponses de la part de la profession :
• La perception du problème n’existe pas.
• Les conditions de travail sont difficiles avec la multiplication des rédactions avec peu de moyens : « Aujourd’hui, on est toujours sous pression, on ne peut pas tout faire, il n’y a plus de journalistes spécialisés… »
• « Nous ne sommes pas des communicants, nous ne sommes pas là pour relayer l’info de groupes »
Une entrée de dialogue me semble possible : le risque de rejet et dans une démocratie, on ne peut imaginer que les jeunes restent à l’extérieur du système de l’information.
L’impression que l’alternative serait de faire de l’information soi-même me pose beaucoup de questions. Le cadre, la référence, l’enrichissement, la compréhension que l’on peut attendre d’un sujet traité par des professionnels, c’est important pour se faire une vraie opinion, sortir de son propre environnement.
Propos recueillis par MPP




